Extraits Les pièces d'un paysage

un rideau léger

ramené vers lui

à mesure du vent

 

ses plis

d'un retour à l'autre

autrement se replient

s'obstinent à faire

à nouveau naître la vue

*

 

je reviens aux pas

« regarde

les prises du jour »

 

fenêtre close

pentes doubles

 

d'elles-mêmes

se décalent les lignes

 

*

« avant que tu viennes

tu te souviens

l'arbre

renversé

les racines

 

on voyait comme c'était rongé

même creusé

par les vers

et partait en miettes »

 

*

 

dans l'intervalle d'un pas

la tension soudaine

brève de l'hiver

déjà

venue par le vent

s'efface avec

 

pourtant les mois se perdent en feuilles

 

 

*

 

 

les ondulations du lac

recouvrent et délaissent

les veines de ta main

 

« le temps que l'eau passe

plus bas que visage

 

respire »

*

du temps

avant de rejoindre les graviers

 

d'ici comme un fil blanc au vent

vibre le reste du soir

 

une simple ligne de poussière

 

seulement sous le pied

elle bruisse

 

 

*

 

la distance nous tient

seuls vis-à-vis d'un arbre

 

les visages également s'effleurent

se laissent passer

 

les yeux poursuivent le souffle

 

 

*

 

plus larges

ouvrir

 

les pentes se referment

 

sans moi

 

les heures nouent encore

en dehors ici

 

l'arbre sous l'arbre

continue d'écarter l'écorce

 

 

*

 

les jours s'annulent

 

nuances trop faibles

 

« chercher de quoi chauffer »

 

cela est lourd

porté à l'épaule

ce qui plie

 

« il n'y a plus qu'à descendre »

 

 

*

encore proches

les lumières ne creusent pas

 

déjà

la brume

voix basse les retient

en tête les retire

 

du reste aujourd'hui

les mots ne terniront pas plus

 

 

*

travaux en attente

 

la feuille que je serre

s'efface dans la main

 

« appelle cela demain »

les briques

quelques unes

plus hautes qu'hier

 

sans images pour la suite

 

 

*

 

« dors encore »

un sommeil long rien

un paysage où la pluie arrête

 

brutalement la lumière

« et tu sais alors

comment font les couleurs

au pire

 

allons regarde un peu

 

sous quel ciel nous »

 

 

*

fermer à la tempête

cela n'empêche

elle souffle

 

autrement encore

 

rien ne s'en va

ni se recouvre

et demain

 

« la route sera déjà tracée

durant la nuit »

(Poèmes publiés dans le numéro 128 d'Arpa et le numéro 67 de Nouveaux Délits)