Extraits De l'encre dans l'œil (d'après des photographies d'Israël Ariño)

Tout d'un voile noir que tu appelles

pesanteur : aussi bien la nuit

que le jour – les visages par tes yeux.

 

« Ce qui est tombé –

et quand – je n'en sais rien. »

 

Nous sommes à l'intérieur

d'un silence – un domaine –

où l'air est lourd de sommeils –

d'images étrangement reliées.

 

*

 

« A l'ombre d'un jour » – ne viendra pas,

demeure en lisière – les pommes à terre

portent

une lumière faible – une

fin de saison : tu te souviens

l'odeur lorsque ouvertes

elles laissent

les vers les ronger ?

 

*

 

Avec le soir passe dessous la couleur –

elle est, comme nous maintenant,

partie de la nuit – sa densité.

 

*

 

Façade claire au bout du jour :

cet abri et jardin – « une clairière, non » –

apportent un peu d'air.

 

Des images dans le cadre : quelqu'un –

tu ne sais qui – regarde,

dans l'étouffement du bois, s'atténuer

l'écorce peut-être une paume.

 

De même la cabane disparaît – sa fenêtre –

pourtant ne s'efface – « mais avant

le toit s'effondrait ».

 

*

 

A quelle main tu te heurtes

et laquelle te tient là ?

 

Contre le front,

elle redresse ta nuque – empêche la chute –

les yeux plus haut que la fatigue.

 

Tu peux reposer le poids et la sueur des jours –

« il y a longtemps, ce fut une caresse ».

 

*

 

Si la fièvre peut quitter la peau

quand viennent les heures – l'air –

faciles à respirer, l'herbe

plus douce sous le pied ? Or

en ce jour étiré, encore

tête et corps à porter.

 

« Si tu retires la main », enfin je tomberai

à l'angle du cou,

là où stagne,

consolante, la salive d'hier.

 

*

 

L'ombre depuis,

diffuse et non au sol,

traverse l'intervalle des lèvres

et dans quel fluide se dissout –

ce désastre – et de la sorte atténue

sans rien excepter de l'éclat –

 

… de même révèle

les lignes plus sourdes où agit

l'imprécision de nos yeux ?

 

*

 

Depuis longtemps, elle ne tombe plus.

 

Dans l'encre étalée,

une main ou l'écorce trace le sentier.

 

Les frontières se perdent –

s'ouvrent aux passages.

Ce qui, de loin en loin, à peine persiste,

résonne.

 

*

 

Taches de rousseur

 

– « des feuilles à cette heure

s'éparpillent les oiseaux –

s'en iront cette semaine ».

 

Cela fait des jours,

d'intentions contraires,

qu'ils ponctuent l'horizon,

annoncent la nuit où

ton visage se confond lentement.

(Publié sur remue.net)